21/06/2017

Deux-roues : promouvons ceux qui profitent à tout le monde !

Depuis l’arrivée de Luc Barthassat au Conseil d’Etat, on assiste à une promotion assumée et revendiquée de l’utilisation des deux-roues motorisés par les autorités, avec des conséquences pour la santé, la sécurité et le cadre de vie des habitants. L’ATE dresse un bilan contrasté d’une action politique dommageable à long terme.


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L’importance des deux-roues motorisés (2RM) dans le trafic est une particularité genevoise, puisqu’elle est au-dessus de la moyenne suisse, après avoir doublé en vingt ans. En 2014, on comptait plus de 53'000 motocycles à Genève, contre environ 40'000 au Tessin et moins de 20'000 à Zurich. La part des ménages possédant au moins un 2RM passe, entre 2005 et 2010, de 13% à 17% dans la première couronne et de 16% à 21% dans les communes de la deuxième couronne. Ajoutons à cela que 36% des usagers des 2RM habitent en ville et que la moitié l’utilise pour se rendre au travail. Enfin, 30% déclarent avoir abandonné la voiture au profit du 2RM.

Or, si le deux-roues motorisé représente des avantages en termes de place, puisqu’il est nettement moins encombrant qu’une voiture, il n’en demeure pas moins bruyant, polluant et relativement dangereux. Plus problématique : il est réellement avantageux que s’il ne respecte pas les règles de circulation. Ainsi, les comptages vélo 2011 ont démontré que 20 à 30% des utilisateurs des aménagements cyclables de la route des Acacias sont des motards ou des scootéristes. Une étude démontre pourtant que "la cohabitation avec les motocycles (scooters et motos) constitue un des principaux obstacles à la pratique du vélo" (source : Représentations du vélo et obstacle à son utilisation à Genève – OUM). Les autres usagers de la route ne sont pas en reste : stationnement fréquent sur les espaces piétons et utilisation occasionnelle des trottoirs, parfois sans respect des passages piétons.

A l’heure d’une vaste campagne visant le respect des règles par l’Etat, l’ATE appelle M. Barthassat à faire preuve de cohérence. Il est essentiel d’abolir l’usage illicite des aménagements cyclables (pistes, bandes et sas vélos) par les deux-roues motorisés, pour convaincre de nouveaux usagers de se tourner vers le vélo. En outre, si le 2RM peut représenter une transition entre la voiture et le vélo (électrique ou non), le transfert modal vers le 2RM ne doit pas constituer une fin en soi, pour des raisons environnementales, de santé publique et de cadre de vie respectueux de la population :

Pollution atmosphérique

Les deux-roues motorisés contribuent aux émissions d’hydrocarbures de manière déterminante, notamment parce que les prescriptions sur les gaz d’échappement pour ces catégories de véhicules sont nettement moins sévères que pour les voitures de tourisme. En moyenne, un motocycle à 2 temps émet 10 fois plus d’hydrocarbures par kilomètre qu’une voiture de tourisme ! La part des motocycles aux émissions totales d’hydrocarbure devrait donc s’élever à 20% en 2035, alors que ces véhicules ne fournissent que 3% des prestations kilométriques du trafic routier.

Pollution sonore

Contrairement aux voitures, les 2RM ne disposent pas de carrosseries fermées qui atténuent les bruits du moteur. Les motocycles sont responsables de pics de bruit importants représentant un potentiel de nuisance énorme, en particulier de nuit. Ils sont plus bruyants que les voitures et le revêtement phonoabsorbant dont le canton équipe les routes à grands frais n’a aucun effet sur les bruits de moteur. En outre, depuis 2009, de nombreux constructeurs de deux-roues motorisés peu scrupuleux mettent sur le marché des clapets d’échappement. Les véhicules qui en sont équipés se font remarquer par des nuisances sonores démesurées. Alors que 60% de la population souffre du bruit lié à la route à Genève, encourager la mobilité des motocycles, c’est faire preuve d’un déni total des maux subis par la population.

Sécurité routière

En 2014 à Genève, un accident de la route sur deux ayant provoqué des blessures ou la mort des conducteurs ou passagers concernait les deux-roues motorisés (cyclomoteurs, scooters et motocycles). Alors que les conducteurs ou passagers de voiture en ressortent indemnes dans la majorité des cas (87%), les conducteurs ou passagers de motocycles subissent majoritairement des blessures légères (54%) et graves (23%). Tous les deux jours dans notre canton, trois motocyclistes ressortent blessés ou morts d’un accident de la route.

Pourtant, l’action de M. Barthassat est tournée sur la promotion du deux-roues motorisé, en particulier par les mesures suivantes :

Ouverture des voies de bus aux 2RM : alors que Berne ou Lucerne ont balayé ce principe et que les TPG s’y opposent, pour des raisons de vitesse commerciale.

Création de places de stationnement gratuites en surface, en particulier au centre-ville. L’ATE demande le respect de la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée, qui stipule, à l’article 4, alinéa 2, lettre a, que « les motocyclistes doivent pouvoir s’appuyer, en complémentarité d’une offre privée (pour les logements et les activités), sur une offre de stationnement publique privilégiant le parcage courte durée en surface et celui de longue durée dans des parkings en ouvrage au moyen d’abonnements attractifs ». Or, pour garantir que le stationnement en surface soit de courte durée, et par conséquent non destiné aux pendulaires, des zones bleues sont indispensables.

Priorisation des mesures visant à la fluidification du trafic motorisé par rapport aux mesures de promotion et de sécurisation des modes doux.

L’ATE est préoccupée par cette politique délibérément tournée vers le 2RM, dont les cyclistes font en grande partie les frais. Pourtant, le vélo électrique représente une alternative directe et crédible aux deux-roues motorisés et devrait être l’étape suivant le passage à un 2RM.

L’ATE appelle le Conseil d’Etat à un engagement clair pour la promotion du vélo, qu’il soit électrique ou non, en garantissant le respect des aménagements cyclables par les 2RM et le développement prioritaire et rapide d’aménagements cyclables et de places de stationnement vélo.

Puisque M. Barthassat refuse d’œuvrer pour des conditions de vie saines à Genève, l’ATE s’engage afin d’informer le public, par le biais de la campagne « Vélo électrique ou scooter, vous vous posez la question ? www.veloVSscooter.ch », qui présente un comparatif complet des deux modes de transport, ainsi que des trucs et astuces pour les usagers qui passent aux vélos électriques.

Dans le cadre de la mise en œuvre de la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée et l’initiative 144 pour la mobilité douce, l’ATE s’engagera également pour une application fidèle au texte et à l’esprit de la loi, dans le respect des articles relatifs au stationnement, mais aussi du développement de zones 30 et piétonnes. Afin de garantir une promotion du vélo et un frein à la promotion du 2RM telle qu’elle est menée par M. Barthassat, l’ATE s’opposera notamment à la création de places de stationnement gratuites en centre-ville, ainsi qu’à la création de voies bus ouvertes aux deux-roues motorisés et en exigeant le développement d’aménagements cyclables continus, sûrs et efficaces. Alors qu’un récent rapport de la Cour des Comptes pointe un déficit qualitatif conséquent des aménagements cyclables, il est plus que temps d’offrir aux cyclistes des conditions de circulation sûres et confortables, pour convaincre de nouvelles personnes d’opter pour le vélo et le vélo électrique.

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